Prendre soin de ses parents: un beau moment en famille?

Peut-être… Quand arrive le jour où l’on constate que c’est à notre tour d’aider nos parents, prendre des décisions éclairées n’est pas chose facile. On ne veut surtout pas les négliger, mais on ne veut pas y passer non plus! Le dévouement, la reconnaissance, prendre ses responsabilités, c’est beau, c’est juste et c’est nécessaire. Mais encore faut-il savoir dans quel bateau on s’embarque avant de prendre le départ! Sinon, on court le risque de vouloir débarquer avant l’arrivée à bon port… C’est que ce genre d’« aventure » ne correspond peut-être pas tout à fait à la vision qu’on s’en fait la plupart du temps.

En toute lucidité

Parfois, c’est de façon un peu romantique qu’on s’imagine s’embarquer dans cette galère. On peut facilement se forger l’image d’un enfant qui se dévoue sans compter pour un parent qui manifeste à chaque instant le bonheur d’être dans la maison de sa progéniture! Assis en famille, au coin d’un feu pétillant, en jasant de choses et d’autres ou en jouant aux cartes. Le multi générationnel est si riche pour toute la famille. C’est sain pour les jeunes enfants et les adolescents d’être en contact avec leurs grands-parents. C‘est une excellente façon de leur apprendre le respect envers les aînés. N’est-ce pas que c’est réconfortant, touchant? Oui, ça l’est. Mais tout ça, il faut se l’avouer, ce n’est que la réalité à temps partiel. Parce qu’il y a aussi les côtés plus difficiles à avaler, comme dans toute chose. Et en faire fit équivaut à risquer l’échec.

La réalité en face

Loin de moi l’idée de vouloir détruire vos bonnes intentions! Au contraire, personnellement, je pense que dans la majorité des cas, c’est dans sa famille que les aînés devraient être accueillis parce que c’est là qu’ils seront le mieux traités. C’est comme ça depuis des temps immémoriaux. L’humanité a cette expérience que c’est ce qu’il faut faire et il faut bien lui reconnaître ses années d’ancienneté en la matière! Donc, si c’est votre choix d’installer vos parents chez vous, il faut bien s’y préparer pour faire face à toute éventualité parce que les temps ont quand même changé. Notre génération est plus compartimentée, plus individualiste, et disons-le franchement, plus souvent préoccupée par son petit bien-être que par celui des autres. Et là, il faudra certainement que ça change pour que tout le monde puisse survivre à de tels choix et être content de ce nouveau mode de vie multi générationnel.

Le problème de l’âge

Depuis les 10 dernières années, j’ai vu ma belle-mère de 79 ans prendre soin de sa propre mère, qui a maintenant 106 ans. Et, c’est sans hésitation que je vous assure que c’était pour leur plus grand bien. Les deux s’en sont trouvées vraiment heureuses. L’une de pouvoir rendre au centuple ce qu’elle avait reçue et l’autre de voir de ses propres yeux, le fruit de toutes ces années de renoncement personnel alors qu’elle prenait soin de ses 11 enfants. Il n’en demeure pas moins que c’est une personne très âgée qui a pris soin d’une personne très, très âgée. Ce qui me fait penser qu’on oublie souvent, lorsque nous pensons à prendre nos parents en perte d’autonomie, que nous serons nous-mêmes plus âgés et en moins grande forme qu’aujourd’hui… Et même si ma belle-mère a répondu d’une façon remarquable aux besoins de sa mère, il est arrivé souvent qu’elle requière des services supplémentaires extérieurs pour satisfaire à la charge. Heureusement que leurs finances étaient en bonne santé !

Les joies du multi générationnel

D’abord, il faut savoir que cette prise en charge sera 24 h sur 24 h. Votre résidence deviendra aussi la sienne. À partir de là, il faut s’attendre à tout de l’être cher. Il se peut très bien qu’il s’investisse de la responsabilité de régenter toute la famille (!) et par le fait même, semer la pagaille auprès des ados ou de votre conjoint… D’autres ne se gêneront pas pour contredire les décisions familiales devant les jeunes membres de la famille (y compris celles qui concernent justement les enfants). Au contraire, certains auront l’attitude de tout abandonner, de se laisser aller, de se sentir inutiles, ce qui n’est pas mieux en fait d’atmosphère… Dans un contexte comme celui-là, tout peut devenir une source de conflit : un bonbon donné à un enfant avant le souper, la cuisson des légumes (trop mou un jour, et trop croquants le lendemain…), le choix d’une émission de télé, la température de la pièce, l’heure de levé, d’entré, de sortie, de couché, etc. Avez-vous besoin de plus d’exemples? Non, je pense qu’il vous en est venu toute une série dans la tête parce que vous connaissez bien vos parents, leurs qualités et leurs gentils défauts. Et puis, il y a vivre avec sa mère, mais aussi vivre avec sa belle-mère! Parce que notre conjoint, on l’a choisi (et malgré ça, il y a des petites altercations parfois…). Mais eux, nos parents et notre conjoint, ils ne se sont pas nécessairement choisis l’un l’autre. Lorsqu’on prend ses parents chez soi, il faut s’attendre à ce que son conjoint ait aussi son mot à dire. On peut donc facilement se retrouver entre deux feux, deux amours, deux blessures, deux personnes différentes qui ne s’aiment peut-être pas autant entre eux qu’on les aime chacun pour ce qu’ils sont personnellement. Il y a aussi les cas d’alliances : votre conjoint et votre parent s’unissent pour critiquer sans cesse votre façon de faire, votre alimentation, le ton de votre voix… tout ceci, bien évidemment, pour votre plus grand bien!

Et moi dans tout ça?

Vous vous dîtes sûrement : « Mais, si je fais ce choix, qu’arrivera-t-il du reste de ma vie? Mes amis, ma carrière, mes loisirs, mon intimité, mon sommeil, mes économies et même ma liberté? C’est vrai, il existe toutes sortes de programmes d’aide pour me soutenir dans ce choix. Mais, tout le monde le dit, cette aide est carrément insuffisante. » Bien que nos gouvernements nous promettent mers et monde, on sait bien que l’argent ne pousse pas dans les arbres et que les coûts reliés au vieillissement de la population seront titanesques. Il faut donc s’attendre à devoir se battre pour obtenir des services et des sous. Et malgré nos efforts, il faudra peut-être devoir faire face à la musique, avec ou sans aide… Vous devrez peut-être même quitter votre emploi! Il aurait fallu prévoir, mais qui pouvait se douter de ce qui se tramait pour notre société?

Pour éviter que l’histoire se répète

Si on avait su, on aurait tout prévu! En effet, tout était possible puisqu’il s’agissait d’envisager les coups…. et les coûts. Il existe sur le marché des produits d’assurances qui sont conçus spécialement pour subvenir à ses besoins au moment où il y a perte d’autonomie (assurance soins santé, maladie grave, soins longue durée, etc). Ces produits ont malheureusement la réputation d’être très coûteux. C’est parce qu’ils sont souvent achetés tard dans la vie. Mais je vais vous révéler un petit secret bien gardé : si on y pense tôt, c’est beaucoup moins cher. S’il est trop tard pour nos parents, c’est encore possible de faire le nécessaire pour soi-même. C’est le minimum à faire aujourd’hui, pour en tirer le maximum plus tard et ainsi éviter que l’histoire se répète, que notre progéniture soit face aux mêmes problèmes. Parce que, si la vie suit son court normal, que ça nous plaise ou non, ils seront âgés eux aussi, au moment de prendre le relais. Qui pourra alors les aider? Une aide domestique? Des soins à domiciles, ça c’est cher! Pas mal plus cher qu’un petit budget d’assurance soins longue durée! Prévoir aujourd’hui, c’est préparer le terrain pour que le moment venu, toutes les options soient possibles : rester dans sa famille, se payer des soins à la maison ou dans une résidence privée, payer une remplaçante, etc.

Une question d’amour

La question principale demeure celle de l’amour filial. Le reste n’est qu’accessoire. Au fond, se préparer, c’est uniquement pour pouvoir aimer, ou plutôt, mieux aimer. Les échanges, les partages, les liens familiaux sont favorables dans un contexte où tout a été soigneusement disposé. Lorsqu’on tire le diable par la queue, ou que le temps est une denrée rare, il est difficile de rester disponible, patient, généreux… Que ce soit à la maison ou dans une résidence, nous nous devons d’être attentif à nos parents puisque la société, l’État providence ne pourra bientôt plus le faire à notre place! C’est le minimum, c’est la réciprocité et c’est aussi la reconnaissance.

Sophie Bouchard

Adjointe administrative PAFA

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